EXPLORER

RECONSTITUTIONS
MIREILLE BLANC
01 FÉVRIER - 29 MARS 2014
VERNISSAGE : SAMEDI 01 FÉVRIER 2014  18:00

 

Abstraction, figuration ? Une indécision savamment entretenue par Mireille Blanc. Toujours réalisées à partir de photographies de famille ou d’objets ordinaires, sinon kitsch, ses peintures et dessins figuratifs tendent à l’abstraction par divers procédés de brouillage de l’image. Angles de vue inhabituels, décadrages et fragmentations du sujet, restitutions des taches et imperfections des tirages d’origine, mises en exergue des bordures, parfois peintes en blanc, correspondant aux scotchs qui les ont fixés aux murs. Autant d’altérations de la figuration, déplaçant en retour notre attention sur les moyens d’exécution, les effets de matières et de textures.

 

Aussi, le titre de cette exposition peut-il surprendre, tant Mireille Blanc semble davantage mettre en crise le visible que le reconstituer. C’est que, pour reprendre les termes de Georges Didi-Huberman, le visible n’est pas le visuel. Là où le premier se confond avec le lisible, avec ce qui est identifiable et subsumable sous un concept au sein d’une image, le second correspond à l’en deçà de la représentation, à la matérialité qui la trame, son inconscient. Refoulés par toute une tradition iconologique, cherchant à assimiler les qualités picturales à des formes reconnaissables, subordonnant la dimension sensible de la peinture à l’ordre du discours et du langage, les matériaux font ici leur retour.

 

Ainsi, s’il y a « reconstitutions », celles-ci passent chez Mireille Blanc par la perturbation du visible et le surgissement du visuel. Contrariés dans la lecture du sujet, nous sommes conviés à déplacer notre regard sur les propriétés plastiques de ses œuvres, à sillonner leurs surfaces et méandres a n d’en déceler le contenu. Maintenu en suspens, le déchiffrement de l’image cède le pas à l’exploration des empâtements de pigments, coups de pinceaux, rugosités, miroitements et variations colorées.

 

Épreuves d’un dessaisissement, les « reconstitutions visuelles » de Mireille Blanc sont dans le même temps le lieu d’uniques et singulières manifestations sensibles. Car, là où le langage échoue à saisir ce qui se présente à la vue, la sensibilité est amenée à faire l’expérience d’un en deçà de l’image, de pures présences matérielles. Comme si le voilement des objets dépeints était la condition d’apparition de leurs intensités sensibles, celles éprouvées lors de leur première rencontre. Logique du sensible contre logique du discours, tel est l’horizon de Mireille Blanc.

 

Sarah Ihler-Meyer